« Double dose » pour l’aven du Cochon !

« Double dose » pour l’aven du Cochon !

« Les jaloux sont comme les fous et les ivrognes, ils ne se rendent jamais compte de leurs souffrances. » Eugène Cloutier

Injection de la sulforhodamine B au Puits Rino (-175m) – crédit : L.Blum
Le père Pouget (à droite) sur le Larzac dans les années 30collection : Henri Salvayre

L’aven du Cochon, situé au sud du plateau du Larzac sur la commune de St Pierre de la Fage, reste une cavité incontournable de la région. Servant à la fois de terrain d’entraînement régulier au spéléo secours, il est aussi « une classique » qui porte bien son nom tant l’argile rouge y est présente tout au long du parcours. Chez Larzac Explo et Céladon, vous l’aurez remarqué, on aime bien les classiques !!! Surtout quand elles ne sont pas finies !

Exploré dès 1930 par le Père François Pouget, l’aven du Cochon fut prolongé successivement en 1953 par la Section Lodévoise du Spéléo Club de Montpellier (SCM) et dans les années 70/80 par le GERSAM (Groupe d’Étude Spéléologique et Archéologique de Montpellier). Ces derniers avaient eu le mérite, à cette époque valeureuse, d’atteindre la profondeur de -230m et surtout de réaliser la seule et unique topographie (toujours valable à ce jour !) de la cavité atteignant un peu plus de 5000m de galeries !!!

L’entrée de l’aven du Cochon (crédit : M.Salze)

En 2019, on s’est dit que quand même avoir des données numériques seraient une bonne chose pour la connaissance et la compréhension du massif ! Armés de notre attirail moderne, on s’est donc lancé dans la reprise totale de la cavité, rajoutant ainsi le réseau « Henri Paloc » exploré dans les années 2000 par « personne » puisqu’il n’existe aucune trace du dit réseau dans les livres…

Henri Camplo en 1963 lors du relevé des fluo-capteurs (crédit : G.Gravagne)
Installation des préleveurs automatiques (crédit : M.Salze)

Le traçage initial de la cavité avait été réalisé en 1963 par Henri Camplo aidé de Gérard Gravagne, mais n’avait donné aucun résultat. Il fut repris en 1966 par le regretté Henri Paloc aidé de quelques amis du SCM et du GERSAM naissant. Le résultat se fit attendre 15 jours prouvant ainsi la connexion de l’aven avec les sources de l’Avocat, rattachées elles-mêmes à la grotte du Banquier. Dès cette époque et suite aux découvertes des années 80, une théorie un peu folle avait été avancée. « Et si le fond allait à la Vis ? ». En 1963, Camplo, Gravagne et Paloc avaient émis cette hypothèse en surveillant déjà la source de Gourneyras.

Au fil de nos balades « Cochonniennes » régulières, nous avons pu observer quelques particularités géologiques pouvant conduire à une possible connexion avec le bassin versant de la Vis. Malgré une réticence de nos amis scientifiques et les incompréhensions de certains irréductibles, nous avons décidé de monter l’opération « Double Dose » avec l’aide de l’association « Vis Explo » qui commence à prendre place dans le paysage de l’Observatoire du Karst.

L’idée étant de refaire le traçage de 1963 au niveau du puits Rino (-175m) avec les moyens modernes et de tracer le fond de la cavité au niveau du puits du Chilem (-200m). Mettre une « Double Dose » dans la cavité pour donner un sens (ou pas) aux élucubrations en tout genre, qui durent depuis 60 ans et qui commencent un peu à nous agacer ! Délimiter enfin le bassin de la Vis et celui de Gourgas, car ne nous trompons pas : « un résultat négatif est aussi un résultat! »

Jaugeage au sel à Gourneyras (crédit : M.Salze)

Ce samedi 26 Mars 2022, après avoir équipé préalablement les sources de l’Avocat bien sûr mais aussi Gouneyrou et Gourneyras dans la vallée de la Vis, nous nous sommes retrouvés à 15 spéléologues venus de toute la France pour mettre en action l’opération « Double Dose ». L’équipe «  Force Rouge » chargée de 3 kg de Sulforhodamine B et l’équipe « Force Verte » chargée de 9 kg de Fluorescéine.  Deux points d’injection, 12 kilos de colorants pour trois sources potentielles !

Avant la descente (crédit : J.Camplo)

Henri Camplo nous a fait l’honneur de sa présence presque 60 ans après la première expérience, nous rappelant qu’en 1953 c’était une toute autre expédition !!!

Injection de la fluorescéine à -200m de profondeur (crédit : Jean Camplo)
Le colorant dans le ruisseau terminal (crédit : J.Camplo)

Dès 14h00, les colorants ont été déversés aux différents points avec l’espoir de les voir réapparaitre dans la ou les vallées au plus tôt ! Les voies du karst impénétrables sont parfois capricieuses et illogiques ! Le mot d’ordre est pour l’instant « l’attente ».

En fonction de la rapidité des écoulements des eaux et de leurs directions, les sources de l’Avocat, de Gourneyrou  ou de Gourneyras ainsi que les rivières de la Brèze ou de la Vis peuvent se colorer en rose ou en jaune-vert d’ici quelques jours. En cas d’observations, vous pouvez nous joindre sur l’onglet  « contact » du site ou alors contacter directement les mairies de St Étienne de Gourgas, St Maurice-Navacelles, Soubès ou la Communauté de Communes du Lodévois et Larzac. Nous rappelons que ces colorants sont alimentaires et inoffensifs pour l’homme et pour l’environnement.

Cette opération est portée par la Communauté de Communes du Lodévois et Larzac, le service Hydrogéologie du Conseil Départemental de l’Hérault, les associations Larzac Explo-Céladon et avec le concours du Parc Naturel Régional des Grands Causses dans le cadre de l’Observatoire du Karst.

L’équipe rouge, verte et surface (crédit J.Camplo)

Presse :

https://www.midilibre.fr/2022/03/28/coeur-dherault-les-eaux-souterraines-de-laven-du-cochon-suivies-a-la-trace-10199568.php

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